Mobiliser les communautés de guérison : Avent 2025 – Réflexion, prière, action est une ressource spirituelle et pratique couvrant quatre semaines et conçue pour guider les congrégations dans leur préparation à la naissance du Christ par une réflexion approfondie sur les thèmes du bien-être et de la capacité d’agir des femmes, du rôle positif des hommes dans la vie de famille et la santé reproductive, du déplacement et de la migration, et de la promesse de la paix (Shalom). Ancrée dans les Écritures, les premières perspectives chrétiennes et les réalités vécues du monde actuel, elle propose des réflexions concises, des prières, des actions communautaires et des éléments de plaidoyer afin de mobiliser les Églises pour leur permettre de devenir des agents de guérison et de justice.

En intégrant la formation spirituelle à des actes concrets de solidarité et de mobilisation de ressources, particulièrement à l’appui de la santé, du bien-être et des communautés vulnérables, cette initiative de l’Avent invite les communautés confessionnelles à anticiper la venue du Christ non seulement dans la dévotion, mais également dans une action engagée qui cultive l’espérance, restaure la dignité et renforce la paix holistique.

Table des matières                                                                         

SEMAINE 1: Le bien-être et la capacité d’agir des femmes 

SEMAINE 2: Le rôle positif des hommes dans la vie de famille et la santé reproductive

SEMAINE 3: Le déplacement et la migration

SEMAINE 4: La paix (Shalom) et l’anticipation de la naissance du Christ

 

SEMAINE 1: Le bien-être et la capacité d’agir des femmes

Écritures: Luc 1,26-38

Le sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David; cette jeune fille s'appelait Marie. L'ange entra auprès d'elle et lui dit: «Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi.» A ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L'ange lui dit: «Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père; il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n'aura pas de fin.» Marie dit à l'ange: «Comment cela se fera-t-il puisque je n'ai pas de relations conjugales?» L'ange lui répondit: «L'Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre; c'est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. Et voici que Elisabeth, ta parente, est elle aussi enceinte d'un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, elle qu'on appelait la stérile, car rien n'est impossible à Dieu.» Marie dit alors: «Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l'as dit!» Et l'ange la quitta.

Luc 1,52–53 

Il a jeté les puissants à bas de leurs trônes

et il a élevé les humbles;

les affamés, il les a comblés de biens

et les riches, il les a renvoyés les mains vides.

Réflexion

Nous réfléchissons à la résilience, à la dignité et à la capacité d’agir des femmes, incarnées de manière puissante dans l’histoire de Marie. Jeune adolescente enceinte, Marie embrasse l’appel de Dieu en faisant preuve d’un courage remarquable malgré la stigmatisation, l’insécurité et le risque               potentiel-le-s. Saint Augustin d'Hippone (IVe  -Ve  siècles) met en avant la foi intérieure de Marie: «Marie a conçu en son esprit avant d’avoir conçu en son ventre» (Sermon 215.4). Son courage est ancré dans la contemplation et la confiance. Saint Augustin perçoit Marie comme le modèle de la condition de disciple, elle qui répond à Dieu le cœur ouvert, soulignant son humilité et sa force: «Elle est la mère du Christ, mais elle est davantage bénie en recevant la foi du Christ» (Sermon 25.7).

Le Magnificat de Marie (Luc 1,46-55) est un chant de justice qui créer un lien entre sa grossesse et la transformation sociale. La voix prophétique de Marie, jeune femme issue des marges, proclame la chute des puissants et l’élévation des pauvres, une vision durable de libération née de l’intérieur d’elle-même. Le Magnificat constitue également une invitation à plaider contre la violence, l’injustice économique et l’exclusion fondées sur le genre.

Nous célébrons par ailleurs le lien sacré et la solidarité entre les femmes de différentes générations, inspiré-e-s par la rencontre entre Marie et Elisabeth, un moment riche en affirmation, en bénédiction et en joie partagée (Luc 1,39-45).

Dieu confie les moments de salut cruciaux aux femmes, appelant l’Église à donner l’exemple de l’honneur, de la protection et de l’émancipation. L’appel et le courage de Marie offrent un contexte permettant d’aborder les sujets de la santé maternelle, des pressions psychologiques et de l’importance des environnements favorables pour les jeunes mères.

Le bien-être des femmes demeure l’un des défis les plus urgents à relever dans le monde. Cela fait près d’une décennie que la mortalité maternelle ne baisse pas, 287 000 femmes décédant encore chaque année, principalement de causes évitables. Les progrès mondiaux dans l’atteinte de la cible des Objectifs de développement durable (ODD) 2030 ne sont pas en bonne voie. Des millions de femmes ne bénéficient pas de soins prénatals, d’une présence de personnel qualifié pendant l’accouchement, d’une contraception, de services d’accouchement sûrs et d’une protection contre la violence. Sans renouvellement des investissements, engagement et solidarité, le monde sera très loin d’accomplir la cible des ODD.

Au moment où nous envisageons cette semaine, nous sommes invité-e-s à nous demander:

  • Pouvons-nous reconnaître Marie dans chaque femme enceinte, et l’enfant Jésus dans son ventre?
  • Que faisons-nous, personnellement, en tant que familles, en tant que congrégations et en tant que nations, pour faire en sorte que toutes les femmes enceintes bénéficient de soins et de protection?

L’Avent nous appelle, au sein de nos foyers et de nos communautés, à nous occuper des filles et des femmes, à prendre soin de la mère et de la vie qu’elle porte en elle, et ce faisant, à protéger l’avenir de l’humanité elle-même.

Prière de l’Avent

Ô Dieu Saint,
Dans le courage de Marie, nous voyons Ta force;
dans son «oui», nous sommes témoins d’un monde que l’on a rendu neuf.
Elle a porté le Christ tout en vivant sous l’occupation,
frayant son chemin parmi la peur, l’incertitude et le fardeau de systèmes injustes.

Bénis toutes les femmes qui portent la vie,
qui maintiennent l’unité des familles dans les difficultés,
qui mènent les communautés vers l’espérance.
Renforce les mères, les filles, les grands-mères,
et toutes celles qui cultivent la foi entre les générations.

Que le chant de justice de Marie,
qui élève les humbles et comble les affamés,
façonne notre attente de l’Avent
et notre engagement pour la guérison et la transformation.
Amen.

Suggestions pour la prière, l’action et le plaidoyer

  1. Promouvoir l’équité dans la santé maternelle et reproductive
  • Plaider en faveur de soins accessibles pour les femmes enceintes, d’un accouchement sûr et d’un soutien post-natal pour toutes les femmes de la communauté.
  • Organiser une offrande congrégationnelle pour soutenir les cliniques, sage-femmes, maternités et initiatives de santé menées par des femmes locales, surtout celles qui prennent soin des femmes jeunes et vulnérables.
  • Encourager l’accès à la prévention contre le VIH ainsi qu’aux médicaments, particulièrement dans les lieux où les services ont été interrompus au cours de l’année écoulée et où une action communautaire pourrait être en mesure de contrer cette injustice.
  1. Soutenir les femmes et les hommes qui sont en première ligne des soins
  • Mettre en avant et renforcer le rôle des femmes en tant qu’aidantes, travailleuses de santé, thérapeutes et cheffes communautaires.
  • Mettre à disposition des petites subventions ou des fonds d’urgence pour les femmes confrontées à des pressions financières liées à la maternité, à des violences fondées sur le genre ou à des charges liées au statut d’aidante.
  • Aider nos communautés à surmonter les difficultés associées au fait que certains hommes peuvent se sentir «émasculés» ou «féminisés» parce qu’ils ont décidé de devenir infirmiers, un domaine en général principalement féminin.
  1. Lutter contre la violence fondée sur le genre en tant que problème de santé publique
  • Encourager les congrégations à nouer des partenariats avec des abris, des centres d’aide psychologique et des organisations d’aide juridique.
  • Contribuer aux ressources visant à répondre aux besoins médicaux, psychosociaux et juridiques des survivant-e-s.
  1. Investir dans la guérison et l’éducation intergénérationnelles
  • Lever des fonds pour mettre des bourses scolaires à disposition des filles, des jeunes mères et des grands-mères s’occupant d’enfants.
  • Mettre au point des programmes de mentorat créant des passerelles entre les femmes âgées et jeunes pour renforcer les compétences, le soutien émotionnel et la résilience.


 

SEMAINE 2: Le rôle positif des hommes dans la vie de famille et la santé reproductive

Écritures: Matthieu 1,18-25

Voici quelle fut l'origine de Jésus Christ. Marie, sa mère, était accordée en mariage à Joseph; or, avant qu'ils aient habité ensemble, elle se trouva enceinte par le fait de l'Esprit Saint. Joseph, son époux, qui était un homme juste et ne voulait pas la diffamer publiquement, résolut de la répudier secrètement. Il avait formé ce projet, et voici que l'ange du Seigneur lui apparut en songe et lui dit: «Joseph, fils de David, ne crains pas de prendre chez toi Marie, ton épouse: ce qui a été engendré en elle vient de l'Esprit Saint, et elle enfantera un fils auquel tu donneras le nom de Jésus, car c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.» Tout cela arriva pour que s'accomplisse ce que le Seigneur avait dit par le prophète:

Voici que la vierge concevra et enfantera un fils auquel on donnera le nom d'Emmanuel, ce qui se traduit: «Dieu avec nous». A son réveil, Joseph fit ce que l'ange du Seigneur lui avait prescrit: il prit chez lui son épouse, mais il ne la connut pas jusqu'à ce qu'elle eût enfanté un fils, auquel il donna le nom de Jésus.


Réflexion

Cette semaine met en avant Joseph en tant que modèle d'une masculinité aimante, protectrice, compatissante et humble. Joseph incarne une masculinité marquée par la protection, la responsabilité et la compassion. Sa force silencieuse et sa protection fidèle de Marie et de Jésus constituent un modèle pour les hommes d’aujourd’hui, montrant comment les hommes peuvent incarner la compassion, la responsabilité, la maturité émotionnelle et le soin au sein des familles, des communautés et de la société. Lorsque Joseph découvre la grossesse de Marie, il se trouve à la croisée des chemins définis par les attentes sociales, les codes d’honneur et les peurs personnelles. Cependant, il choisit une voie différente, ancrée dans le discernement, la compassion et la responsabilité. Origène d’Alexandrie (vers 185 – vers 253 EC) a réfléchi en ces termes: «La vertu de Joseph s’est exprimée par le fait qu’il n’a pas agi hâtivement mais a cherché à comprendre la volonté de Dieu» (Commentaire sur Matthieu). Joseph incarne une force bienveillante, qui prend racine non pas dans la domination mais dans l’écoute patiente. Il résiste à l’instinct d’agir animé par la colère ou le jugement, et choisit plutôt de laisser la place à la voix de Dieu. Son discernement discret devient un acte de profonde solidarité avec Marie, qui protège sa dignité, sa sécurité et la vie sacrée qu’elle porte en elle. En Joseph, nous voyons une vision de la masculinité positive instamment nécessaire aujourd'hui. Une masculinité qui:

  • écoute avant d’agir,
  • protège plutôt que de contrôler,
  • accepte la responsabilité plutôt que de s’y soustraire,
  • accompagne et soutient les femmes.

Partout dans le monde, des millions de femmes sont toujours confrontées à la violence, à la stigmatisation, à la pauvreté ou au manque d’accès aux services de santé essentiels. Pour trop de femmes, la présence ou l’absence d'un partenaire qui les soutient peut faire la différence entre la vie ou la mort. Joseph nous montre l’aspect que revêt la solidarité compatissante lorsque le bien-être d'une femme est en jeu.

Au moment où nous envisageons cette semaine, nous sommes invité-e-s à nous demander:

  • Réagissons-nous face aux difficultés avec discernement et humilité, comme Joseph?
  • Nos hommes et nos garçons aident-ils les femmes à se sentir en sécurité, respectées et soutenues?
  • Enseignons-nous aux jeunes une forme de masculinité ancrée dans la compassion et non dans le contrôle?

L’Avent nous appelle à guider les pères, les maris, les frères et les dirigeants pour leur permettre de rechercher la volonté de Dieu avec humilité,
afin que nos foyers et nos sociétés puissent refléter la compassion du Christ.

Prière de l’Avent

Dieu de miséricorde et de sagesse,
Nous confessons que nous avons pu parfois agir hâtivement,
parler rudement ou échouer à écouter Ta volonté.
Nous reconnaissons les moments où nos manières d’être des hommes,
et les normes que nous avons acceptées,
n’ont pas protégé ou élevé les femmes ou les enfants parmi nous.

Pardonne-nous, Ô Seigneur.
Rends nos cœurs neufs et modifie nos relations.

Enseigne-nous la force silencieuse de Joseph:
à écouter avant d’agir,
à protéger plutôt que de contrôler,
à marcher avec compassion, humilité et courage.

Permets-nous de former une communauté dans laquelle toutes les personnes sont en sécurité,
respectées et soutenues.
Guide-nous pour nous permettre d'incarner des masculinités plus saines
pour les générations à venir.

Dans Ta grâce, nous nous engageons à emprunter un meilleur chemin.
Amen.

Suggestions pour la prière, l’action et le plaidoyer

  1. Engager les hommes sur les questions de santé mentale, de soin et de soutien émotionnel
  • Encourager les dialogues congrégationnels sur le rôle des hommes dans la santé reproductive, l’intelligence émotionnelle, et la vie familiale et la parentalité.
  • Mobiliser des ressources pour proposer aux hommes et aux garçons des formations et des événements autour de la santé mentale pour leur permettre de dialoguer au sujet du stress, de la dépression et des attentes néfastes.
  • Donner des perspectives aux jeunes hommes par l’intermédiaire d’opportunités de formation et de la participation au développement communautaire.
  1. Promouvoir la participation des hommes à la santé familiale
  • Plaider en faveur de l’implication paternelle dans les visites anténatales, la parentalité partagée et les responsabilités domestiques.
  • Lever des ressources pour les programmes autour de la paternité, les cercles de mentorat pour les jeunes hommes et les initiatives de thérapie familiale.
  • Construire des ponts permettant aux jeunes hommes de rechercher des soins de santé reproductive et de s’investir dans la prévention des IST, du VIH et des grossesses adolescentes.
  • Atténuer la stigmatisation pour les personnes vivant avec le VIH et impliquer les congrégations pour rétablir l’accès aux médicaments pour les hommes atteints du VIH.
  1. Lutter contre les disparités vécues par les hommes en matière de santé
  • Encourager les dépistages en matière de santé cardiovasculaire, d’addictions, de cancer et de santé mentale chez les hommes.
  • Mettre en place des actions de promotion de la santé par les Églises en coopération avec les partenaires de santé locaux.
  1. Mobiliser les hommes pour la guérison communautaire et la non-violence
  • Inviter les hommes à adopter les principes de non-violence et de respect mutuel au sein des familles et des contextes communautaires.
  • Soutenir les activités sportives, artistiques et de consolidation de la paix de jeunesse qui promeuvent les modèles masculins positifs.

SEMAINE 3: Le déplacement et la migration

Écritures: Luc 2,1–7

Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu à l'époque où Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville; Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s'appelle Bethléem en Judée, parce qu'il était de la famille et de la descendance de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu'ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva; elle accoucha de son fils premier-né, l'emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu'il n'y avait pas de place pour eux dans la salle d'hôtes.


Réflexion

À l’heure actuelle, des millions des personnes sont obligées de fuir leur foyer en raison des guerres, des catastrophes, des persécutions et de la pauvreté. À la fin de l’année 2024, selon les estimations, 123,2 millions de personnes ont été déplacées de force à l’échelle mondiale à cause de persécutions, de conflits, de violences ou de violations des droits humains. Les enfants représentent près de 40% de l’ensemble des personnes déplacées de force. Au cours de la décennie écoulée, les catastrophes liées au climat ont déplacé 250 millions de personnes, soit 70 000 personnes chaque jour. Chaque déplacement transporte avec lui les blessures invisibles du traumatisme, de la solitude, du chagrin et de l’incertitude.

Dans ce contexte, nous nous tournons vers l’histoire de la Sainte Famille en tant que famille déplacée. Joseph et Marie, alors enceinte, se sont rendu-e-s de Nazareth à Bethléem: pas par choix, mais pour obéir à un décret promulgué par un empereur lointain. Leur voyage a été déterminé par des systèmes politiques et économiques qui échappent à leur contrôle, et leur vulnérabilité s’est accentuée à leur arrivée: «il n'y avait pas de place pour eux dans la salle d'hôtes» (Luc 2,7).

Selon Saint Jean Chrysostome (IVe siècle EC), ce décret «montrait à quel point le monde entier était sous le joug de l’empire». (Homélies sur l'évangile de saint Matthieu). Le recensement n’était pas uniquement administratif: c’était une manifestation de domination et de contrôle.

L’ancienne Église percevait dans cet événement plus que des épreuves, et y discernait une révélation de la solidarité divine. L’Incarnation n’a pas lieu dans un palais mais dans des conditions de déplacement, de pauvreté et de vulnérabilité. Dieu choisit de demeurer parmi ceux et celles qui sont poussé-e-s vers les marges: parmi ceux et celles qui n’ont pas de pouvoir, pas de papiers, ceux qu’on ne voit pas.

Au moment où nous envisageons ce mystère, nous sommes invité-e-s à nous demander:

  • Pouvons-nous reconnaître la Sainte Famille dans les millions de personnes qui vivent aujourd’hui sans abri ou accès aux services ou à la sécurité?
  • Notre foi peut-elle nous ouvrir les yeux à leurs souffrances et ouvrir nos mains à des actes concrets de solidarité?

L’Avent nous appelle non seulement à nous rappeler le Christ qui est venu vers les déplacé-e-s, mais également à rencontrer le Christ parmi les déplacé-e-s d’aujourd'hui, et à agir en faisant preuve de compassion, de justice et d’hospitalité.

Prière de l’Avent

Dieu du Voyage,
Tu es venu parmi nous au sein d'une famille obligé de voyager,
pour naître loin de Ton foyer,
et peu après fuir en tant que réfugiés.

Nous élevons devant Tes yeux toutes les familles qui endurent le déplacement, les conflits et l’angoisse,
et qui portent chaque jour le poids de la survie.

Puisses-Tu restaurer les relations abîmées,
donner de la force aux aidants,
consoler ceux qui ont du chagrin,
et guérir tous ceux qui vivent dans la crainte, le traumatisme ou la détresse.

Fais de nos communautés des lieux de sécurité, d’hospitalité et de guérison;
où personne n’est oublié
et où tous peuvent vivre en dignité et en paix.

Amen.

Suggestions pour la prière, l’action et le plaidoyer

1. Soutenir les familles déplacées et migrantes

  • Plaider en faveur de l’intégration et des services essentiels pour les personnes ayant connu des migrations et des expériences traumatiques.
  • Créer des Églises adaptées aux expériences de migration, qui intègrent les personnes migrantes et leur permettent de vivre leur foi de manière ouverte.
  • Plaider en faveur d'un accès équitable aux systèmes de santé locaux, quel que soit le statut juridique.
  • Mobiliser des fonds pour le transport vers les cliniques, les médicaments essentiels, les vêtements d'hiver, les bons d’alimentation et l’hébergement d’urgence.
  • Soutenir les familles déplacées dans leur intégration et dans la pérennisation de leurs moyens de subsistance.

2. Promouvoir la santé mentale communautaire et la guérison des traumatismes

  • Nouer des partenariats avec des professionnel-le-s de la santé mentale pour organiser des formations et des dialogues sur le traumatisme, le stress, l’addiction et la prévention du suicide.
  • Lever des ressources pour les services d’aide psychologique, les espaces sûrs pour les jeunes et les ministères de guérison des traumatismes.

3. Renforcer les filets de sécurité des communautés

  • Créer pour aider les familles en crise des fonds de solidarité congrégationnels qui prennent en charge les urgences médicales, le loyer, les frais de scolarité et évitent l’insécurité alimentaire.
  • Soutenir les cuisines communautaires, les centres de jeunesse et les programmes de sensibilisation dans le domaine de la santé menés par les organisations de la société civile ou Églises locales.

4. Plaider en faveur de politiques qui protègent les familles vulnérables

  • Promouvoir des politiques qui assurent l’accès aux soins de santé, à la protection sociale et à un logement sûr pour les migrant-e-s, les réfugié-e-s et les personnes déplacées à l’intérieur de leur propre pays.
  • Encourager les congrégations à impliquer des dirigeants civiques: par l'intermédiaire de lettres, de pétitions et de dialogues sur des politiques justes et compatissantes.


 

SEMAINE 4: La paix (Shalom) et l’anticipation de la naissance du Christ

Écritures:
Ésaïe 9,5

Car un enfant nous est né,

un fils nous a été donné.

La souveraineté est sur ses épaules.

On proclame son nom:

«Merveilleux - Conseiller, Dieu - Fort,

Père à jamais, Prince de la paix.»

Luc 2,8–14

Il y avait dans le même pays des bergers qui vivaient aux champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau. Un ange du Seigneur se présenta devant eux, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d'une grande crainte. L'ange leur dit: «Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple: Il vous est né aujourd'hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur; et voici le signe qui vous est donné: vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire.» Tout à coup il y eut avec l'ange l'armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait: «Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés.»

 Jean 14,27

Je vous laisse la paix, je vous donne ma paix. Ce n'est pas à la manière du monde que je vous la donne. Que votre cœur cesse de se troubler et de craindre.

 Éphésiens 2,14-16

C'est lui, en effet, qui est notre paix: de ce qui était divisé, il a fait une unité. Dans sa chair, il a détruit le mur de séparation: la haine. Il a aboli la loi et ses commandements avec leurs observances. Il a voulu ainsi, à partir du Juif et du païen, créer en lui un seul homme nouveau, en établissant la paix, et les réconcilier avec Dieu tous les deux en un seul corps, au moyen de la croix: là, il a tué la haine.


Réflexion

Les prophètes de l’Ancien Testament ont fait résonner la Promesse du Prince de la paix. Les anges l’ont proclamée. Le Christ Lui-même a affirmé son Don de la paix. C’est l’amour de Dieu pour le monde qui a mené à la naissance du Christ, Dieu incarné dans la forme d'un homme vulnérable, pour le salut du monde (cf. Jean 3,16). Nous voyons dans la venue du Christ la fin de la peur et de l’injustice, et la création d'une nouvelle communauté ancrée dans la compassion et la réconciliation. Shalom représente plus que l’absence de conflit. Aujourd’hui, l’Avent nous invite à recevoir Jésus de nouveau et à devenir des instruments de Shalom dans un monde blessé, concrétisant la vision de Dieu au sujet d’un monde guéri: juste, réconcilié, avec des relations restaurées, et entier. 
Shalom nous appelle à la guérison holistique: notre corps et notre esprit, en promouvant la santé; nos relations, en embrassant la justice et la réconciliation; nos sociétés, en assurant l’équité, la dignité et l’inclusion; notre environnement, en prenant soin de la création.
Shalom perturbe l’injustice: une paix qui n’est jamais passive.
Shalom nous appelle à:

  • défier les systèmes qui nuisent aux plus vulnérables,
  • démanteler la violence dans nos foyers, nos communautés et nos nations,
  • assurer une juste répartition des ressources,
  • protéger la vie, particulièrement là où elle est fragile et menacée.

Shalom est l’alternative proposée par Dieu lorsque les structures du monde sont brisées. Le Christ «est notre paix» (Éphésiens 2,14).
Shalom est par conséquent donné par Dieu par l’intermédiaire du Christ. En tant que disciples de Jésus, nous, en tant que personnes et que communautés, sommes appelé-e-s à vivre cette Paix et à témoigner de celle-ci. Par conséquent, l’anticipation de la naissance du Christ est une invitation à participer dès maintenant à la mission de guérison de Dieu.

L’Avent révèle que Dieu ne se contente pas de demeurer à distance. Dieu s’implique dans les défis d’aujourd’hui: conflits, migrations, maladies, inégalités. Ce ne sont pas des lieux abandonnés; ce sont les espaces précis que Dieu habite. Nous sommes invité-e-s à nous demander: En tant qu’individus et Églises, sommes-nous présent-e-s et engagé-e-s dans ces lieux de nécessité, et rencontrons-nous le Christ?

Mais pour être en solidarité avec les autres, il convient d’être ouvert-e. Pour être ouvert-e et faire preuve d’un amour inconditionnel, à l'image d'un arbre doté de branches grand ouvertes, nous devons être profondément enraciné-e-s dans la foi (S.E. le Métropolite Thomas - Église orthodoxe copte - contemporain). Pour tendre la main efficacement à autrui, l’on doit s’adonner à une certaine introspection. Shalom commence par le cœur humain car c’est dans la vie intérieure que le Christ arrive en premier. Saint Isaac de Ninive (VIIe siècle) a déclaré: «Sois en paix avec ton âme; alors, le ciel et la terre seront en paix avec toi», affirmant que la véritable paix n’est pas principalement externe, ni le résultat de circonstances stables.
C’est une réconciliation intérieure entre le cœur humain et Dieu.
L’Avent prépare les croyant-e-s à accueillir le Christ pour qu’il soit «formé en nous» (Galates 4,19), et les anges de Bethléem ont annoncé la «paix pour ses bien-aimés» (Luc 2,14). La paix intérieure fait donc partie de la préparation spirituelle de l’Avent: lorsque l’âme est guérie et réconciliée, la personne devient porteuse de la paix divine.

Prière de l’Avent

Dieu de Paix et de Promesse,

Lors de cette sainte saison d’attente, nous désirons ardemment Ton Shalom;
la paix qui guérit, répare, et restaure l’unité.

Dans les lieux où notre monde est blessé par les conflits,
permets à Ta paix de prendre racine.

Dans les lieux où les familles sont épuisées ou brisées,
permets à Ta réconciliation d’avoir lieu.

Dans les lieux où les corps et les esprits souffrent,
permets à Ta présence guérisseuse de se rapprocher.

Au moment où nous attendons la naissance du Christ,
fais de nous des instruments de Ton Shalom;

Aimant la Miséricorde, rendant la justice, encourageant la compassion, 
accompagnant les vulnérables dans l’humilité, en Ta présence, Ô Seigneur;

Emplis nos cœurs et nos communautés de Ton espérance,
 et prépare-nous à accueillir le Prince de la paix.

Amen.

Suggestions pour la prière, l’action et le plaidoyer

  1. Cultiver les disciples spirituels, pour encourager Shalom

Pratiquer et promouvoir les Disciples spirituels du christianisme pour soi-même, la famille et la congrégation: Prière et contemplation; Réflexion approfondie sur les Écritures (lecture, étude); Culte; Confession; Service; Communauté; Jeune; Condition de disciple et mentorat; et Repos/Jour du Seigneur.

  1. Réflexion, prière et dialogue

Organiser des réflexions régulières/périodiques, des prières et des dialogues sur les principales questions qui favorisent Shalom dans votre contexte. Il peut par exemple s’agir de chercher à subvenir aux besoins de la communauté, de mener une réflexion sur les crises et les conflits ou encore sur les inégalités et les injustices systémiques, de lutter contre les problèmes de santé physique ou mentale, ou de répondre aux préoccupations environnementales.

  1. Actions et mesures de plaidoyer spécifiques

De manière inclusive et consultative, hiérarchiser, concevoir, prévoir et mettre en œuvre des actions et mesures de plaidoyer spécifiques pour lutter contre les principaux problèmes identifiés par la communauté de foi.

  1. Mobilisation de ressources

La pérennité de Shalom est assurée lorsque les communautés mobilisent leurs ressources spirituelles, humaines et matérielles pour la guérison, la justice et le soin. La mobilisation de ressources ne consiste pas uniquement en une levée de fonds: c’est un ministère de solidarité et de soin qui permet l’action locale, renforce la santé et le bien-être et garantit que la paix est plus qu’un prière. Lorsque nous investissons dans la consolidation de la paix, les cliniques, les programmes de guérison des traumatismes et les initiatives de jeunesse, et le soutien aux personnes vulnérables, nous participons à l'œuvre de Dieu pour étendre Son règne, ici et maintenant. Des ressources pérennes permettent un Shalom pérenne.