Abigayle Bolado, responsable du programme du Conseil œcuménique des Églises (COE) pour l’engagement des jeunes, a donné un bref compte rendu de l’événement.
Le premier jour a été consacré à l’écoanxiété, aux répercussions de la crise et des catastrophes climatiques sur l’existence humaine, et à la santé mentale des jeunes. Le deuxième jour s’est focalisé sur le partage d’initiatives et d’activités de plaidoyer menées par les jeunes sur différentes plateformes locales, régionales et mondiales.
Il ne s’agissait donc pas seulement d’écouter, mais aussi de mettre en commun les témoignages et les espoirs des personnes participantes dans le domaine des actions et des pratiques liées au climat.
Henriette Greulich, présidente de la région Europe de la Fédération universelle des associations chrétiennes d’étudiants (FUACE), a donné une vue d’ensemble de l’écoanxiété en évoquant différentes définitions existantes. «Avez-vous remarqué l’influence que ces sentiments ont sur vous, sur vos ami-e-s, sur votre entourage? a-t-elle demandé. Le bien-être mental ne se résume pas à l’absence de troubles psychologiques.»
S’agissant justement du bien-être mental par rapport à la crise climatique, les participant-e-s ont reconnu que notre monde intérieur était intimement lié à l’état du monde qui nous entoure.
Durant l’événement, Andrej Lacko, membre de la Commission des jeunes dans le mouvement œcuménique du COE, a proposé une réflexion biblique et une courte dévotion inspirées du deuxième récit de la Création (Genèse 2). Évoquant la rencontre de la Commission à Manille (Philippines) en 2024, il a rapporté qu’«il y avait au programme une visite à des pêcheurs – des hommes et des femmes qui pêchent dans la baie de Manille depuis plusieurs générations.» Avec le développement immobilier le long de la baie, cependant, ces pêcheurs se retrouvent privés de leurs moyens de subsistance et doivent abandonner leur maison.
Lacko a également médité sur la multiplication des catastrophes naturelles causées par les changements climatiques: «Avec les inondations que le Japon a connues ces derniers jours et ces dernières semaines, plus de 300 000 personnes ont dû être évacuées de chez elles à cause de la montée des eaux.» Il a néanmoins souligné que l’espérance, le sentiment de responsabilité à l’égard de nos frères et sœurs partout dans le monde et la vocation à faire front commun – trois éléments qui découlent du message biblique – l’emportaient sur la peur, l’anxiété ou le désespoir.
Katelyn King, une assistante sociale qui puise dans sa foi la volonté d’œuvrer pour la justice, était l’oratrice principale de l’événement. Lors de son intervention, cette mennonite a décrit comment elle avait appris à se préoccuper de la terre.
«Le chemin qui m’a amenée à ce travail n’a rien de rectiligne ni de prédéterminé», a-t-elle révélé, évoquant les émotions intenses qu’elle éprouvait, enfant, face aux changements climatiques. «Je me souviens que je me sentais impuissante, j’avais peur, j’étais triste. Et je me mettais à pleurer. J’ai réussi à contenir ces sentiments, à les ranger dans une boîte et à refermer la porte sur eux.»
Mais pas indéfiniment. Elle consacre aujourd’hui sa vie à aider ses semblables à surmonter leurs traumatismes, y compris l’écoanxiété.
Les jeunes ont également partagé des histoires émouvantes vécues dans leurs contextes respectifs.
Ainsi, le Zimbabwéen Ngoni Muchenje a rapporté s’être tenu aux côtés d’un agriculteur qui venait de vendre ses dernières marchandises. «Il m’a dit qu’il en pleurait la nuit, et son témoignage m’a hanté. Ces temps-ci, il y a des nuits où je n’arrive pas à dormir. Je porte leurs âmes dans mon cœur.»
Maro Maua, un militant kényan, a présenté une initiative de restauration de la biodiversité mêlant sport cycliste et conservation. Ce projet a permis de réhabiliter la végétation dégradée des mangroves et d’embellir des littoraux et de hauts plateaux pittoresques, donnant l’impression que «chaque coup de pédale fait avancer vers un avenir plus vert».
La Décennie œcuménique d’action pour la justice climatique, que vient de lancer le COE, a été le point d’ancrage de la rencontre. Elle a été présentée par Kevin Maina, un jeune responsable de l’Église anglicane du Kenya qui défend les causes de la jeunesse, de la justice climatique et du changement social. Il siège également à la Commission des Églises pour la justice climatique et le développement durable du COE.
Les jeunes ont ensuite participé à une table ronde sur ce que la justice climatique signifie à leurs yeux.
Jackline Makena Mutuma, pasteure de l’Église méthodiste du Kenya et vice-présidente de la Commission de Foi et constitution du COE, a déclaré que les sentiments d’injustice et d’écoanxiété étaient aggravés par l’impression que les mesures prises par les pouvoirs publics sont insuffisantes et par un sentiment de trahison.
«Ma question aujourd’hui, c’est: comment résoudre tout ça? En agissant dans une démarche de justice climatique intergénérationnelle, et en poursuivant en justice les groupes qui financent l’extraction de combustibles fossiles. Le COE est un acteur majeur des mouvements de justice climatique depuis les années 1970.»
Ainsi qu’elle l’a précisé, le COE coorganise des débats avec des juristes au sujet du recours à des contentieux liés au climat pour protéger les droits des enfants. «Aujourd’hui, le COE prend des initiatives pour soutenir une justice climatique intergénérationnelle, parce qu’il s’est engagé à protéger les plus vulnérables et à s’attaquer aux causes profondes des changements climatiques.»
La Journée œcuménique internationale de la jeunesse 2025 s’est terminée par des appels à l’action lancés par les participant-e-s, qui visent notamment à favoriser la résilience et l’information des communautés; à considérer l’intendance climatique comme une mission biblique; et à intégrer la théologie et la création.
Les jeunes ont appelé à se mobiliser sans discontinuer, à soutenir davantage les communautés rurales et à reconnaître que ce sont souvent les femmes, les enfants, les jeunes et les personnes handicapées qui pâtissent le plus des changements climatiques.
Les discussions de groupes ont abondé en récits de glissements de terrain et de pluies diluviennes, mais aussi de désastreuses désertions politiques lorsque les gouvernements ne respectent pas leurs promesses.
La Journée œcuménique internationale de la jeunesse 2025 s’est achevée sur une note optimiste: les participant-e-s ont accepté d’être des porteurs et des porteuses d’espérance, car c’est l’espérance qui poussera d’autres personnes à se mobiliser.
La pasteure Kuzipa Nalwamba, directrice du programme Unité, mission et formation œcuménique du COE, a conclu l’événement par une bénédiction «dans ce monde qui gémit dans l’attente du renouveau, mais qui brille aussi de la promesse de la nouvelle création».
Elle a formulé le vœu que les participant-e-s apaisent les cœurs par leurs actions. «Que le Créateur qui a dit que la Terre était très bonne bénisse vos mains pour qu’elles plantent, vos voix pour qu’elles s’élèvent et vos vies pour qu’elles rayonnent d’espérance.»
Pour finir, la pasteure a encouragé les jeunes à cheminer avec foi et à travailler au service de la justice. «Allez en paix, dans l’amour et le service, et prenez part à l’œuvre divine de renouveau de toute la création.»